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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 21:06

Université IBN ZOHR-FSJES Agadir

Master Économie Appliquée

Matière : théorie de la firme

Professeur : Mr Lahoucine  RAOUI

Etudiants: Mohamed OUBEJJA et Tehami ABAKARIM

(Extrait de la recherche)

Introduction générale :

Le système financier joue un rôle primordial dans le financement de l’économie. Les banques constituent le principal maillon de ce système. Je reprends la fameuse question de Coase : pourquoi la firme existe ? Pour dire, pourquoi la banque existe ? En effet, la banque sert d’intermédiaire entre les agents économiques ayant une capacité de financement ou un excédent financier et ceux ayant un besoin de financement ou un déficit financier. Ainsi, la banque existe pour réduire les coûts de transactions liés à la rencontre entre les épargnants et les investisseurs : coûts de la confrontation entre l’offre et la demande, coûts liés à la recherche des informations, choix des meilleurs placements, etc.

Tout système financier nécessite une régulation. En effet, l’Etat doit mettre en place un arsenal réglementaire pour empêcher les comportements opportunistes des banques et par la suite déclencher des crises financières.

La relation entre les banques ou les marchés financiers, d'une part, et les Etats, d'autre part, s'apparente à la "relation d'agence" décrite par les économistes Jensen et Meckling dans les années 1970. Lors de la crise financière en 2008, l’Etat, en l’occurrence les E.U.A, avait embrassé la position de principal et les banques, celle de l’agent. Les banques détenaient des informations privées qui faisaient défaut à l’Etat.

Les objectifs de l’Etat en tant que principal étaient clairs : chercher à préserver les avoirs des épargnants et les capacités futures à créer de la croissance en garantissant le bon fonctionnement du système financier.

Dans un autre registre, la relation d’agence s’applique aussi à la relation entre les banques et les emprunteurs d’une part et avec les arrangeurs (organismes intervenant dans les opérations de titrisation) d’une autre part. Ces relations impliquent des asymétries d’information et donc des inefficiences de marché.

Cette recherche a pour ambition d’apporter une réflexion théorique sur la responsabilité des banques dans l’éclatement de la crise financière aux Etats-Unis à la lumière de la problématique de la théorie d’agence.

Dans cette recherche, on va supposer que les actionnaires et les dirigeants des banques n’entrent pas en conflit. Le mécanisme des stock-options incite les dirigeants à maximiser la valeur de la firme.

Nous allons répondre à la problématique de cette recherche à travers deux parties : dans la première partie, on va essayer de présenter les points saillants de la théorie d’agence, et dans la deuxième partie, on va appliquer cette théorie afin d’analyser le comportement des banques et leur responsabilité dans le déclenchement de la crise financière en 2008 qui a par la suite secoué l’économie mondiale.

Partie 1 : les fondements de la théorie de l’agence (voir l'article, la théorie de l'agence sur ce même blog)

Partie 2 : Le comportement des banques et la crise des subprimes : l’apport de la théorie de l’agence

La crise financière qui s’est déclenchée en août 2007 est exceptionnelle par son ampleur et déjà par ses conséquences économiques et sociales. Cette crise avait un effet domino en touchant même la sphère réelle de l’économie mondiale ; en effet, plusieurs secteurs ont souffert : l’automobile, le tourisme, etc.

C’est la crise la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Rétrospectivement, le krach de 1987, la crise asiatique de 1997 ou l’affaire Enron paraissent seconds en comparaison de ce qui se passe depuis le milieu de 2007. Le choc a été mal anticipé, par presque tout le monde, et surtout nous sommes passés de mauvaise surprise en mauvaise surprise, avec la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 et le scandale Madoff en décembre 2008.

La crise financière est le résultat inéluctable de la crise des crédits subprime. Ces derniers se présentent comme suit :

Les crédits subprime sont des crédits immobiliers proposés à des ménages américains ne présentant pas les garanties financières nécessaires pour accéder aux emprunts « normaux », dits « prime ». Il s’agit généralement de ménages qui ne peuvent apporter la preuve de revenus réguliers et suffisants, ou qui sont déjà endettés, ou encore qui ont des antécédents de défaut de paiement. Compte tenu du profil des emprunteurs, ces crédits présentent plusieurs spécificités par rapport aux emprunts normaux :

  • les taux d’intérêt sont plus élevés : une clientèle peu solvable présente un risque plus important qu’une clientèle normale pour le prêteur, qui exige donc une rémunération plus élevée ;
  • les remboursements s’échelonnent en moyenne sur une plus longue durée (vingt-cinq ou trente ans) ;
  • dans de nombreux cas, les remboursements sont faibles les premières années puis s’alourdissent. Les établissements de crédit utilisent en effet pour séduire une clientèle fragile un système de taux d’intérêt promotionnel pendant quelques années (« teaser rate »), qui se transforme en un taux beaucoup plus élevé (et souvent variable) à la fin de la période de grâce.

Ce type de crédit s’est abondamment développé aux États-Unis au cours de la dernière décennie : le montant des prêts subprime est ainsi passé de 35 milliards de dollars en 1994 à 600 milliards en 2006, soit 23 % de l’ensemble des émissions de prêts cette année-là et 10 % de la totalité de la dette hypothécaire américaine. Les crédits subprime concernaient en 2006 près de six millions de ménages. Trois raisons principales ont rendu possible leur multiplication :

  • l’absence de règles protégeant les emprunteurs vulnérables aux États-Unis : dans un contexte de forte valorisation de l’accès à la propriété, de nombreux ménages se sont laissé séduire par ces formules de prêt attractives sans toujours avoir conscience des modalités réelles de remboursement ;
  • le boom de l’immobilier : les prêteurs pouvaient compter sur la revente du bien immobilier en cas de défaut de paiement. Comme le prix des logements progressait fortement, ils pensaient pouvoir récupérer à coup sûr la somme due;
  • le développement de la titrisation : les crédits subprime ont été fractionnés et incorporés à différents titres (d’où le terme de titrisation) et revendus sur les marchés financiers. Cette opération permet de partager les risques : si un ménage se retrouve dans l’incapacité de rembourser son emprunt, comme sa dette a été « partagée » entre de nombreux créanciers aux portefeuilles diversifiés, le défaut de paiement est presque indolore pour le créancier.

En contrepartie, la titrisation dissémine le risque dans l’ensemble du système financier. Cela ne pose pas problème tant que les risques de défaut de paiement sont indépendants. Mais si ce n’est pas le cas, le scénario où de nombreux défauts de paiement se produisent simultanément et mettent en difficulté plusieurs institutions financières devient vraisemblable ; c’est précisément ce qui s’est produit pour la crise des subprimes : les capacités des ménages à rembourser leur emprunt étaient dépendantes les unes des autres car liées aux tendances du marché de l’immobilier.

Dans cette partie, nous allons nous intéresser aux établissements de crédit et leur responsabilité dans le déclenchement de la crise des subprimes (les crédits hypothécaires à haut risque) qui est à l’origine de la crise financière.

Pour effectuer cette étude, nous avons choisi la théorie de l’agence comme soubassement théorique pour analyser le rôle des banques dans cette crise à travers leurs relations avec : les autorités monétaires, les emprunteurs et les arrangeurs (organismes intervenant dans la cotation des crédits titrisés).

  1. La présence de comportement d’aléa moral en raison de la garantie implicite de l’intervention des autorités monétaires

La banque n’est pas une activité comme les autres. Elle permet de financer toute l’économie réelle. En cela, les banquiers ont une responsabilité particulière, ce qui justifie qu’ils soient soumis à une régulation contraignante, et que personne ne puisse se décréter banquier sans avoir reçu l’aval des autorités de son pays. Les banques, dans le monde entier, sont des institutions aussi indispensables et constitutives d’une société organisée que ses organes de pouvoir politiques ou judiciaires. Quand ils sont menacés, il n’est pas d’autre choix que de les défendre, car c’est se protéger soi-même.

Dans ce sens, on peut expliquer la crise des crédits subprime par les interactions entre les autorités monétaires, chargées de réguler le système à travers un ensemble de règles, et les banques censés respecter ces règles de conduite. Dans un autre volet, l’histoire économique nous renseigne qu’à chaque crise bancaire, l’Etat intervient pour sauver la situation. En effet, les banques américaines ont abusé de ce privilège pour faire tourner leur machine à crédit sans moindre prise de risque. Ainsi,  Les banques, ayant conscience de l’intervention des autorités monétaires en cas de risque de contagion des défauts de paiement, sont incitées à des comportements d’aléa moral. Cette garantie implicite conjuguée à l’intensification de la concurrence au sein de la sphère bancaire et financière a largement poussé les opérateurs à l’excès de risque.

La prévisibilité de l’intervention des autorités monétaires est fonction du comportement passé des autorités monétaires face aux risques de contagion. En l’occurrence, les décisions passées de la FED (sauvetage de LCTM en 1998 (Long Term Capital Management est un hedge fund apparu en 1994 et dont la quasi-faillite en 1998 fit courir un risque majeur au système bancaire international), taux directeurs réels négatifs suite à l’éclatement de la valeur des valeurs technologiques en 2001) ont été interprété comme un signal de garantie implicite et ont ainsi favorisé la dégradation de la majorité des indicateurs de risque sur les crédits subprime à l’origine de la multiplicité des défauts.

  1. La relation établissement de crédit-emprunteur : les asymétries d’information

L’opération de crédit met en relation deux parties ; la banque et l’emprunteur, et parfois il existe un troisième intervenant qui est l’intermédiaire.

La présence d’un intermédiaire dans la relation entre prêteur et emprunteur génère des inefficiences de marché en raison de l’émergence des asymétries d’information. En effet l’intermédiaire (broker) dispose d’un avantage informationnel non seulement vis-à-vis de l’emprunteur mais aussi à l’égard des établissements de crédit pour lesquels il exerce sa fonction.

La rémunération du broker dépend directement de l’importance des prêts souscris mais seulement indirectement du paiement des mensualités. Ainsi, l’intermédiaire afin de maximiser sa rémunération est incité à maximiser le volume et le montant nominal de prêts souscris. Autrement dit, les modalités de rémunération de l’intermédiaire génèrent  un comportement d’aléa moral : le salaire de ce dernier n’étant pas affecté par l’éventuel défaut de l’emprunteur, l’intermédiaire a tout intérêt à adopter un comportement de prêt prédateur.

L’intermédiaire abuse de son avantage informationnel afin d’obtenir une rémunération plus importante en proposant une tarification supérieure à celle qui correspond au risque réel de l’emprunteur et un nominal de l’emprunt supérieur à celui que l’emprunteur étant mesure de rembourser.

En outre, l’intermédiaire peut dissimuler les informations sur la qualité réelle de l’emprunteur afin de maximiser le nombre de crédits souscris. En effet, ce comportement d’aléa moral engendre une tarification et un montant du principal de l’emprunt sans corrélation avec la probabilité de défaut réelle de l’emprunteur, donc un excès de risque.

Similairement à l’intermédiaire, la banque peut être incitée à abuser de l’avantage informationnel dont il dispose sur l’emprunteur (l’emprunteur méconnait les opportunités de financement offertes par le marché et les modalités de remboursement des crédits) afin d’augmenter son profit.

L’existence d’une garantie immobilière (en particulier dans un contexte de bulle immobilière) peut inciter la banque à adopter un comportement prédateur en accordant des crédits dont les spécificités sont telles que le défaut de l’emprunteur est inéluctable. Le critère de décision retenu par la banque est la valeur liquidative anticipée du collatéral, la capacité de remboursement de l’emprunteur étant indifférente ou de moindre importance au regard du premier critère.

  1. La relation établissement de crédit (cédant) et arrangeur : problème agent-principal et sélection adverse

Dans les opérations de crédit, l’établissement de crédit est rémunéré par le biais des intérêts versés pour les emprunteurs. Lorsque l’initiateur cède ces crédits à l’arrangeur, il renonce à cette rémunération périodique ; il cède ainsi le pool de créances pour un montant supérieur à la somme du principal des crédits sous-jacents.

Cependant, l’initiateur dispose d’un avantage informationnel sur l’arrangeur quant à la qualité des crédits du pool. Son profit étant fonction du prix de vente du pool payé par l’arrangeur, le cédant peut être incité à dissimuler la qualité réelle des crédits.

Pour ce faire, l’initiateur, en collaboration avec l’emprunteur, va dissimuler le risque réel du crédit cédé, soit en incitant l’emprunteur à emprunter un montant excessif, soit en se laissant convaincu par le débiteur de mettre en place cette stratégie.

La valeur des crédits cédés étant fonction de leur taille et de leur risque, le cédant augmente son profit en agissant ainsi. Ce problème d’aléa moral avec l’information cachée constitue une friction à laquelle est sujet le processus de titrisation. Ne supportant pas les risques des crédits cédés et bénéficiant d’un avantage informationnel quant à leur qualité, le cédant est logiquement incité à exploiter cette asymétrie d’information vis-à-vis de l’arrangeur.

Conclusion générale :

La crise financière déclenchée par la crise des crédits subprime s’explique en grande partie par le comportement des établissements de crédits. Dans ce présent papier, nous avons essayé, en exploitant la théorie de l’agence, de montrer en quoi les banques sont responsables de la crise des crédits subprime. En effet, nous avons procédé à une analyse des relations liant les banques aux autorités monétaires, aux emprunteurs et aux arrangeurs (organismes qui interviennent dans la titrisation des crédits hypothécaires).

Dans un premier temps, nous avons montré que les asymétries d’informations qui existent entre la banque et les emprunteurs ont influencé négativement l’efficacité des contrats de crédits. En effet, les banques ont exploité leur avantage informationnel envers les ménages pour les pousser à s’endetter d’avantage, et ce malgré leur vulnérabilité financière.

Dans un deuxième temps, nous avons mis en exergue le comportement d’aléa moral des banques en s’assurant que les autorités monétaires vont intervenir pour les aider en cas de défaut de remboursement des crédits. Ce comportement explique l’absence de la prise de risque dans la gestion des crédits hypothécaires par les établissements de crédit.

Dans un troisième temps, nous avons mis en évidence les asymétries d’information qui se trouvent au niveau des opérations de titrisation. Ainsi, la banque (cédant) dispose d’un avantage informationnel par rapport à l’arrangeur sur la qualité des crédits cédés. En effet, le cédant ne supporte plus de risque quant aux défauts de paiement des crédits. De cette façon, les risques sont transmis aux marchés financiers ce qui a engendré une crise systémique.

Comme aboutissement de cette recherche, les banques sont en grande partie responsables de la crise des subprimes. En effet, leur comportement opportuniste a été la principale cause de l’éclatement de la bulle financière et donc de la crise financière. Cette crise nous a rappelé encore la nécessité de la régulation économique, une régulation efficace qui mène à des équilibres durables. 

Bibliographie

  • Olivier Lacoste, comprendre les crises financières, éditions Erolles, 2009.
  • Laure Klein, la crise des subprimes : origines de l’excès de risque et mécanismes de propagation, édition Banque, 2008.
  • Nicolas Crespelle, la crise en questions, édition Erolles, 2009.
  • Alternatives économiques, Hors-série, n° 079-décembre 2008.
  • Cahiers français, n° 287, juillet-septembre 1998.
  • Cahiers français, la microéconomie en pratique, n° 327.
  • Cahiers français, comprendre l’économie, vol. 1, n° 345.
  • Cahiers français, les nouvelles logiques de l’entreprise, n° 308.
  • Cahiers français, les politiques économiques à l’épreuve des crises, n° 359.
Le comportement des banques et la crise des crédits subprime : l’apport de la théorie de l’agence
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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 11:27

Cette approche contractuelle s'inscrit dans le cadre de la nouvelle microéconomie et plus précisément dans le cadre de l'économie de l'information. Elle se distingue de la théorie des coûts de transaction dans la mesure où elle préserve l'hypothèse néoclassique de rationalité parfaite des agents. Elle place la détention de l'information et son partage entre contractants au coeur de son analyse de la firme. A l'origine de cette approche, on trouve l'analyse de Berle et Means, présentée en introduction, et celle de Michael Jensen et William Meckling (1976).
La théorie des incitations repose sur la notion de relation d'agence. Une relation d'agence a deux caractéristiques principales : c'est une relation de délégation et elle suppose une asymétrie d'information. Une relation d'agence nait dès lors qu'une personne en engage une autre pour remplir une mission qui nécessite une délégation de pouvoir. Celui qui délègue est appelé Principal, celui à qui est confié la mission est appelé Agent. La relation entre un actionnaire et un manager est une relation d'agence. L'actionnaire (le Principal) délègue la prise de décision au manager (l'Agent).
La délégation est associée à une imperfection de l'information qui peut être de deux ordres : le Principal n'a qu'une information limitée sur les caractéristiques de l'Agent (situation dite de sélection contraire
) et il observe imparfaitement son comportement (situation dite de risque moral). L'asymétrie d'information caractérise donc toute relation entre le Principal et l'Agent.
Une relation d'agence génère trois types de coûts, appelés coûts d'agence :
(1) les dépenses de surveillance et d'incitation (par exemple les systèmes d'intéressement) engagées par le Principal pour orienter le comportement de l'Agent.
(2) les coûts d'«obligation», supportés par l'Agent, c'est-à-dire les dépenses qu'il peut être amené à engager pour pouvoir garantir qu'il ne mettra pas en oeuvre certaines actions qui puissent léser le Principal, ou pour pouvoir le dédommager le cas échéant.
(3) la «perte résiduelle», qui correspond à l'écart, inévitable, entre le résultat de l'action de l'Agent pour le Principal et ce qu'aurait donné un comportement de maximisation effective du bien-être du Principal.
Au regard des hypothèses présentées, la théorie des incitations présente les organisations comme des «noeuds de contrats», écrits et non écrits, entre des détenteurs de facteurs de production et des clients (exemple la relation entre un employé et son employeur). Chaque relation contractuelle est une relation d'agence dont il faut trouver la configuration optimale, c'est-à-dire les règles contractuelles qui minimisent les coûts d'agence. Cette vision proposée par la théorie de l'agence est très générale et a plusieurs implications importantes en ce qui concerne la représentation de la firme
.
(1) La firme n'a pas d'existence véritable (c'est une «fiction légale»). Elle n'est pas assimilée à un individu, comme dans l'approche néoclassique. Ce qui est importe pour comprendre la firme, ce sont les caractéristiques des différentes relations contractuelles liant les individus.
(2) La question de la propriété de la firme est sans objet. Chaque facteur dans une firme est la propriété d'un individu. La firme est un ensemble de contrats portant sur la manière dont les inputs sont associés pour créer les produits, et sur la manière dont les recettes sont partagées entre propriétaires de ces inputs.
(3) Il n'y a pas de différence fondamentale entre firme et marché, en particulier les relations contractuelles au sein de la firme ne supposent aucune relation d'autorité. En ce sens, la relation d'emploi n'est en rien spécifique, le contrat de travail est comparable au contrat commercial. Le contrat de travail met en relation le propriétaire d'un input (l'employé) et un demandeur de ce travail (l'employeur).
La théorie de l'agence est particulièrement adaptée à l'analyse d'une forme particulière d'entreprise : la société par action. Celle-ci se caractérise par une relation d'agence entre actionnaires et dirigeants (caractérisée effectivement par une délégation de décision et une asymétrie d'information au bénéfice du dirigeant), susceptible de générer des conflits d'intérêt. Ce conflit naît du fait que les actionnaires cherchent la maximisation des dividendes et le manager la maximisation de son salaire, ces deux objectifs étant irréconciliables. Mais ces divergences d'intérêt peuvent s'estomper si l'entreprise met en place un système de rémunération des managers adapté, par un système de stock-option. Dans ce cas, les intérêts des actionnaires et des dirigeants convergent davantage dans la mesure où ces derniers détiennent dorénavant des actions de leur entreprise.
De même les outils d'analyse proposés par la théorie de l'agence sont particulièrement adaptés à l'analyse de la relation entre employeur et salariés au sein des entreprises capitalistes. Cette relation est une relation d'agence, et certaines procédures peuvent limiter les problèmes de contrôle du comportement des salariés. Par exemple, l'employeur peut inciter les employés à fournir un effort plus important en liant leur rémunération à leur performance. L'initiative peut aussi venir de l'employé qui peut donner des informations en vue de faire connaître la réalité de ses compétences et de son engagement
. Par exemple, l'employé a obtenu un diplôme qui n'est pas directement en lien avec son emploi, mais il montre ainsi sa capacité à fournir un effort. Naturellement, toutes ces procédures ont un coût que seul pourra supporter une personne récompensée par l'attribution d'une partie des bénéfices de l'entreprise.
A travers la relation employeur-employé, la firme se présente comme un «système incitatif». Parmi les défenseurs de cette thèse, on trouve notamment Holmström et Milgrom (1994)
. Selon eux, la firme peut utiliser divers instruments pour s'assurer de l'effort maximal de ses salariés en combinant autorité, propriété (le salarié peut être propriétaire des outils de production) et rémunérations.

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 10:42

1. R. COASE et la question de l'existence de la firme
Dans son article de 1937, R. Coase est le premier économiste à poser la question de savoir pourquoi les firmes existent et plus largement la question de la nature de la firme. Pour Coase, la firme est un mode de coordination des transactions alternatif au marché. Si le marché n'est pas l'unique moyen de coordonner l'activité économique, c'est qu'il existe des coûts à recourir au système de prix, des coûts de transaction. Ces coûts de transaction correspondent aux coûts de recherche d'information, de négociation des contrats, de contractualisation répétée... Williamson proposera par la suite une définition précise de ces coûts. La différence fondamentale entre marché et firme, est que sur un marché, la coordination se fait par le système des prix, alors que la firme propose une coordination administrative qui passe par l'autorité et la hiérarchie. Pour Coase, c'est l'autorité qui caractérise fondamentalement une firme.
Une fois posée l'existence de deux modes de coordination alternatifs, Coase s'interroge sur le fait de savoir pourquoi les deux modes de coordination coexistent. En fait, si la coordination marchande génère des coûts de transaction, la gestion internalisée des transactions entraîne des coûts de coordination, en particulier parce que les rendements des activités managériales sont décroissants. Ainsi, tant que les coûts de coordination interne sont inférieurs aux coûts de transaction, la coordination se passe à l'intérieur de la firme, à partir du moment où ils deviennent supérieurs, la coordination marchande est préférable.

2. O. WILLIAMSON et la définition des coûts de transaction

Les travaux de Williamson se situent explicitement dans le prolongement de ceux de R. Coase. Ces travaux vont permettre d'expliciter le concept de coût de transaction et préciser certaines hypothèses-clés pour comprendre en particulier dans quels cas la firme s'impose comme mode de coordination, c'est-à-dire dans quelles conditions l'intégration d'une activité dans la firme sera préférée au recours au marché.
Williamson pose deux hypothèses relatives aux comportements des agents.
(1) La rationalité limitée : les agents ont des capacités cognitives limitées. Lorsque l'environnement est complexe, ils ne peuvent pas envisager tous les événements possibles et calculer parfaitement les conséquences de leurs décisions.
(2) L'opportunisme des agents : c'est une conséquence de la rationalité limitée. Comme le contrat ne peut pas prévoir toutes les alternatives possibles, un agent peut être tenté d'adopter un comportement opportuniste pour favoriser ses intérêts au détriment de ceux des autres.
Rationalité limitée et opportunisme augmentent les coûts de transaction, en particulier de conception des contrats et de contrôle.
Williamson pose aussi des hypothèses sur les caractéristiques des transactions :
(3) La spécificité des actifs : un actif est dit spécifique s'il nécessite des investissements spécifiques. Ce sont des investissements durables, effectués pour réaliser une transaction particulière, et qui ne sont pas redéployables sans coûts vers d'autres usages.
(4) L'incertitude sur les conditions de réalisation de la transaction risque d'augmenter son coût (incertitude liée à des perturbations exogènes à la transaction par exemple).
(5) La fréquence de la transaction : plus une transaction est répétée, plus les contractants ont des occasions d'être opportunistes, ce qui augmente d'autant les coûts de transaction.
Compte tenu de ces caractéristiques des comportements et des transactions, il s'agit pour Williamson de trouver la forme organisationnelle la plus adaptée, au sens où elle limite les coûts de transaction. Ainsi pour Williamson, la firme est un système contractuel particulier, un «arrangement institutionnel» caractérisé par un principe hiérarchique qui permet à la direction de l'entreprise de prendre les décisions en cas d'événements non prévus par les contrats, et qui permet de limiter les risques liés à l'opportunisme.

L'analyse de Williamson aboutit aux formes organisationnelles suivantes :

Marché : il correspond à une transaction occasionnelle dont l'objet est parfaitement délimité et où toutes les éventualités sont prévues (pas d'incertitude). L'identité des parties importe peu, la relation est impersonnelle.
Contrat avec arbitrage : c'est une relation qui ne peut pas se dérouler sur le marché car elle se déroule sur le long terme, elle est donc soumise à une incertitude forte. Dans ces circonstances, les comportements opportunistes sont possibles ainsi que les conflits d'intérêts. Pour y faire face, ce type de contrat prévoit l'arbitrage d'un tiers.
Contrat bilatéral : il se déroule entre des contractants qui restent autonomes. Exemples : contrat de sous-traitance, contrat de franchise.
Internalisation : cette relation se distingue de la précédente par le degré d'incertitude, qui est plus élevé dans un mode de coordination internalisé. Ainsi, la firme est le mode de coordination le plus adapté lorsque la transaction est répétée, dans un contexte de forte incertitude et que les actifs mobilisés sont très spécifiques.

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 09:33


Alors que l'entreprise est un agent économique central, elle n'a occupé qu'une place marginale en sciences économiques jusque dans les années 1970 et la redécouverte de l'article de R. Coase de 1937.
Aujourd'hui encore, pour la théorie de l'équilibre général, pour les théories des marchés ou pour une partie de l'économie industrielle, l'entreprise est assimilée à une «boîte noire» ou un «point». En effet, la théorie économique néoclassique a pour objet l'étude des marchés et des mécanismes de prix. La firme ne joue pas un rôle central dans ce cadre-là, seules importent la quantité de ressources qui «entre» dans la firme, les inputs (capital, travail, matières premières...) et la quantité de biens qui en «sort», les outputs, directement vendus sur le marché (d'où le terme de «boite noire» pour qualifier l'entreprise). Cette conception de la firme néoclassique repose sur des hypothèses fortes. (i) L'entreprise est assimilée à un agent économique individuel. Rien n'est dit sur le fonctionnement interne de l'entreprise et en particulier sur les conflits d'intérêt. (ii) Le comportement de l'entreprise est assimilé à celui de l'entrepreneur. Celui-ci, comme tout agent économique, a un comportement parfaitement rationnel (il a une information parfaite et des capacités d'analyse infinies). L'objectif poursuivi est unique : la maximisation du profit.
C'est l'irréalisme de ces hypothèses qui va justifier la remise en cause de cette vision de la firme et le développement de conceptions alternatives de l'entreprise. Mais au final, on retiendra aussi que la firme néoclassique est avant tout un acteur des échanges sur les marchés et qu'elle n'a pas vocation à être elle-même sujet de l'analyse néoclassique.
Au-delà de la remise en question de ce cadre néoclassique, les approches théoriques de la firme présentées dans cette synthèse ont bénéficié du développement de trois approches originales de l'entreprise, davantage basées sur l'observation du fonctionnement des firmes réelles.
Une première analyse majeure de l'entreprise est celle d'A. Berle et G. Means. Leur ouvrage de 1932 est le point de départ de ce que l'on a appelé la «révolution managériale». L'idée centrale de ces auteurs est de montrer que le développement de la grande société par actions, et la dispersion de la propriété entre un grand nombre d'actionnaires, tend à entraîner la séparation de la propriété et du contrôle de l'entreprise. Le pouvoir de décision appartient aux managers et la propriété aux actionnaires. Cette approche inspirera par la suite la théorie de l'agence dans sa représentation de l'entreprise.
La deuxième approche est l'approche dite «behavioriste» de Cyert et March. Leur ouvrage de 1963 présente l'entreprise comme une organisation complexe, constituée de groupes aux intérêts divers et caractérisée par des rapports simultanés de conflits et coopération. Les auteurs précisent que la firme est aussi le lieu d'apprentissages collectifs, thème qui sera repris par les approches évolutionnistes de la firme.
Enfin l'analyse d'A. Chandler à la fois dynamique et historique, va initier l'approche de R. Coase en présentant la firme comme une institution complexe, fondée sur un système de coordination administrative et hiérarchique.
La théorie de la firme qui se développe à partir des années 1970 se pose essentiellement une question : qu'est ce qu'une firme ? Cette question, qui semble pourtant d'une grande simplicité, n'est pas encore complètement résolue aujourd'hui, tant du point de vue théorique qu'empirique. Du point de vue théorique le problème vient du manque d'unité dans les approches théoriques de la firme, et donc de la pluralité des réponses apportées à cette question. Certaines approches vont davantage répondre à la question de la nature et des frontières de la firme afin de savoir quand une transaction doit se dérouler dans une entreprise ou sur le marché (analyses de R. Coase ou O. Williamson par exemple). D'autres approches s'intéressent à la structure interne de la firme : comment une entreprise est-elle organisée ? Quels en sont les modes d'incitation et de contrôle (théorie des incitations) ? D'un point de vue empirique le problème est celui de l'observation de formes très diverses d'organisation (firmes, marché mais aussi sous-traitance, réseau de franchise...) et de la concordance entre ces observations et les enseignements théoriques.

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  • OUBEJJA Mohamed
  • Enseignant des sciences économiques et de gestion, titulaire d'une licence appliquée en management des systèmes d'information et de décision et d'un Bac sciences maths.
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    Nature des institutions La définition de Douglass North : Les institutions englobent les règles officielles d’une société (constitutions, législations et réglementations), ses prescriptions officieuses (conventions, normes, traditions, et codes de conduite...
  • La théorie des coûts de transaction
    1. R. COASE et la question de l'existence de la firme Dans son article de 1937, R. Coase est le premier économiste à poser la question de savoir pourquoi les firmes existent et plus largement la question de la nature de la firme. Pour Coase, la firme...
  • Théories de la firme
    Alors que l'entreprise est un agent économique central, elle n'a occupé qu'une place marginale en sciences économiques jusque dans les années 1970 et la redécouverte de l'article de R. Coase de 1937. Aujourd'hui encore, pour la théorie de l'équilibre...
  • Prix Nobel des sciences économiques 2013
    Après les prix Nobel de médecine, de physique, de chimie, de littérature et de la paix, cette semaine de remise de prix s’est achevée le lundi 14-10-2013 avec l’attribution du prix Nobel d’économie par la Banque centrale de Suède, à 13 heures. Eugene...
  • La théorie des zones monétaires optimales
    Introduction La théorie des zones monétaires optimales (ZMO) étudie l’opportunité pour un groupe de pays de former une union monétaire. Elle définit aussi, plus implicitement, des situations « idéales » permettant de maximiser les bénéfices. 1. Enjeux...
  • Clashing Theories: Why Is Unemployment So High When Interest Rates Fall to Zero?
    General-equilibrium models for studying the zero lower bound on the nominal interest rate contain implicit theories of unemployment. In some cases, the theory is explicit. When the nominal rate is above the level that clears the current market for output,...
  • La coupure budgétaire: Quel impact sur l'économie marocaine?
    Le gouvernement marocain a décidé récemment d'opérer une coupure budgétaire afin de réduire le déficit budgétaire qui s'aggrave année après année pour atteindre 7,1% du PIB en 2012. Solde budgétaire en % du PIB 2009 2010 2011 2012 -2,2% -4,7% -6,2% -7,1%...