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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 18:01

Introduction
La théorie des zones monétaires optimales (ZMO) étudie l’opportunité pour un groupe de pays de former une union monétaire. Elle définit aussi, plus implicitement, des situations « idéales » permettant de maximiser les bénéfices.

1. Enjeux de l'approche en termes de zones monétaires optimales
La théorie des ZMO fait écho à la fois aux débats des années 1950-1960 sur les vertus de la flexibilité et de la fixité du change et aux problèmes posés alors par les avancées de l’intégration réelle (réouverture commerciale des économies, projet européen d’intégration avec le traité de Rome en 1957…).
Cette théorie, introduite en 1961 par R. Mundell dans un article intitulé « A Theory of Optimum Currency Areas », examine les circonstances dans lesquelles un groupe de pays a intérêt à former une union monétaire. Le renoncement à la souveraineté monétaire présente à la fois des coûts (perte d’autonomie de la politique monétaire et surtout perte de la possibilité d’absorber un déséquilibre externe par le canal du change) et des avantages (suppression des coûts de transaction associés aux opérations de change, effet catalyseur de l’intensification de la concurrence en matière de gains de productivité…). La problématique de l’approche en termes de zones monétaires optimales a trait, avant tout, à l’analyse des coûts et des bénéfices de l’intégration monétaire : si les avantages l’emportent sur les inconvénients, les pays ont intérêt à se rassembler pour former une union monétaire.
À la suite de Mundell, de nombreux économistes ont contribué à mettre au jour les critères à prendre en compte pour apprécier l’intérêt du passage à l’union monétaire (homogénéité des structures, ouverture commerciale « interne » forte, homogénéités de l’inflation et des préférences de politiques économiques, existence d’un budget commun…). Ces critères semblent pouvoir être rassemblé en trois catégories : les critères de convergence préalable qui minimisent le risque de choc asymétrique et accroissent les gains ; les critères concernant l’existence de mécanismes se substituant au change pour absorber un choc spécifique ; enfin une approche, plus récente, en termes d’endogénéisation des critères.
2. Les critères de convergence préalable
Pour Mac Kinnon (1963), plus les économies présentent un degré d’ouverture élevé (l’intensité de l’ouverture est mesurée par le rapport entre biens échangeables et biens non échangeables) et ont des échanges réciproques importants, plus elles ont intérêt à participer à un régime de changes fixes. Dans ce cas, les variations du change affectent fortement les termes de l’échange interne et sont ainsi vecteur d’instabilité. La politique budgétaire peut ensuite rétablir si besoin l’équilibre de la balance courante assez facilement.
Pour Kenen (1969), plus les économies ont des structures de production diversifiées, moins elles sont sensibles aux chocs asymétriques et moins le coût du passage à la monnaie unique est élevé.
D’autres auteurs ont ensuite attiré l’attention sur l’importance de certains éléments de convergence du point de vue du bon fonctionnement de l’union monétaire – des préférences de politique économique voisines (Kindleberger, 1986), l’homogénéité des taux d’inflation (Fleming, 1972), les mêmes préférences pour les biens collectifs (Cooper, 1977).
Si les structures des économies de la zone ne sont pas assez homogènes pour les mettre àl’abri de chocs spécifiques, il se peut que des mécanismes se substituent au change pour absorber ces chocs ; dans ce cas l’union monétaire peut toujours être réalisée.
3. L’existence d'un substitut à l'ajustement par le change
Pour Mundell un critère décisif réside dans le degré de mobilité des facteurs de production, notamment la main-d’oeuvre. Il prend l’exemple de l’est du Canada et des États-Unis produisant des voitures et de l’ouest des deux pays spécialisé dans le bois. Si la demande de bois augmente brutalement, la flexibilité du change entre dollars canadien et américain n’est d’aucune utilité pour absorber ce choc asymétrique. Le transfert de main-d’oeuvre, lui, apparaît comme le moyen d’éviter le chômage et la récession à l’est et l’inflation à l’ouest. Mundell en déduit que les ZMO correspondent à des régions de production relativement homogène et pas forcement à des pays.
Dans les faits, aux États-Unis, des chocs spécifiques à certaines régions se traduisent plus par de rapides déplacements de population que par un ajustement des prix et des salaires.
En revanche, au sein de l’Union européenne, la main-d’oeuvre paraît relativement peu mobile.
Ingram (1969) propose de définir la zone monétaire optimale à partir d’un critère de mobilité des capitaux. Les flux financiers peuvent aider un pays à corriger un problème de déficit courant. En cas de déséquilibre temporaire, un financement à court terme (crédits bancaires ou aide d’un autre pays) peut constituer un substitut à l’ajustement par le change. Si le déséquilibre est structurel, des mouvements de capitaux à plus long terme peuvent intervenir.
L’existence d’un budget fédéral peut aussi être un substitut à l’ajustement par le change, l’intégration budgétaire (critère mis en avant notamment par Johnson en 1970) permet d’engager une action spécifiquement destinée à la zone touchée par le choc (transferts sociaux, dépenses d’infrastructure…). Ainsi aux États-Unis, le tremblement de terre en Californie de 1992 a été lissé en partie grâce au fédéralisme fiscal. Au sein de l’Union européenne, avec un budget à peine supérieur à 1 % du PIB, une action correctrice ne saurait être envisagée.
4. Le passage par la dynamique, l'endogénéisation des critères
Quels vont être les effets dynamiques de l’intégration monétaire ? L’intégration monétaire entraîne-t-elle une intensification des échanges et une intégration économique ?
Si l’on se réfère aux analyses de Krugman (1993), une intégration plus poussée peut conduire les entreprises d’un secteur à se localiser dans une seule zone (région, voire pays) pour y exploiter des synergies (réseau de sous-traitants, proximité de centres de recherche…). L’accentuation de l’agglomération sectorielle renforce le caractère asymétrique des chocs macroéconomiques. Par conséquent les coûts liés au passage à la monnaie unique seraient croissants.
Au contraire pour Frankel et Rose (1998), l’union monétaire entraînerait une intensification des échanges de marchandises et de services et tendrait ainsi à renforcer la symétrie des chocs et, par là même, à minimiser les coûts de l’union monétaire.
Si l’effet dynamisant sur l’ouverture commerciale semble relativement intuitif, il convient de rappeler l’existence d’exceptions notables (pays de la zone franc en Afrique centrale et de l’Ouest) où l’intégration monétaire s’accompagne d’une désintégration réelle (faute d’infrastructure et de volonté politique).
Les travaux de Fontagné et Freudenberg (1999) font apparaître que l’intégration des pays les plus avancés entraîne une spécialisation intra-branche (c’est-à-dire des flux croisés de produits similaires) qui n’est pas porteuse de choc asymétrique.

Source: Sciences économiques, Bertrand Blancheton, édition Dunod, 2009

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Published by OUBEJJA Mohamed - dans Economie internationale
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  • Enseignant des sciences économiques et de gestion, titulaire d'une licence appliquée en management des systèmes d'information et de décision et d'un Bac sciences maths.
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