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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 15:26
  1. Nature des institutions

La définition de Douglass North :

Les institutions englobent les règles officielles d’une société (constitutions, législations et réglementations), ses prescriptions officieuses (conventions, normes, traditions, et codes de conduite appliqués par les individus).

On peut ajouter à ces éléments cités ci-dessus les organisations qui fonctionnent dans le cadre de ces règles et de ces prescriptions.

Dani Rodrik et Arvind Subramanian proposent quatre catégories d’institutions qui influencent la croissance et le développement, auxquelles nous en ajouterons des institutions politiques.

  1. Les institutions génératrices du marché

Elles ont pour rôles : le respect des contrats, la protection des droits de propriété, la lutte contre la corruption. Leur absence risque d’influencer négativement le fonctionnement des marchés. Leur renforcement peut contribuer à favoriser l’investissement et l’esprit d’entreprise.

Illustrations : un pouvoir judiciaire indépendant, une police efficace, contrats applicables.

  1. Les institutions de régulation du marché

La mission de ces institutions et la gestion des défaillances du marché : l’imperfection de l’information. Ce sont les institutions qui limitent le pouvoir des monopoles, gestion des biens publics.

Illustrations : agences de réglementation des télécoms (ANRT au Maroc), des transports, des ressources hydrauliques et forestières et les services financiers (CDVM au Maroc).

  1. Les institutions de stabilisation du marché

Elles ont pour fonctions : assurer une inflation faible, la stabilité macroéconomique, la stabilité fiscale et éviter les crises financières.

Illustrations : banques centrales, systèmes de change, ministères des finances, ministères du commerce extérieur.

  1. Les institutions de légitimation du marché

Elles assurent une protection et une assurance sociales, redistribuent les revenus et gèrent les conflits. Elles protègent les individus et les sociétés contre les dysfonctionnements des marchés.

Illustrations : systèmes de retraite, d’assurance-chômage, prestations sociales.

  1. Les institutions politiques

Elles déterminent les modalités de gouvernement de la société : presse libre, élections, concurrence des partis politiques, politique participative, etc.

  1. Relation croissance-institutions

Le rôle des institutions dans la croissance économique n’a commencé à faire l’objet d’une attention sérieuse qu’à partir des débuts des années 1990. L’économiste Douglass North, de la Washington university et lauréat du prix Nobel en 1993, était le propulseur de ces recherches. Depuis, plusieurs études ont prouvé l’existence d’une corrélation positive entre la croissance économique et la qualité des institutions : la force de l’Etat de droit, le degré de corruption, le droit de propriété, la qualité des administrations et d’autres critères de la gouvernance et des institutions.

La consolidation de la gouvernance et des institutions contribue à l’amélioration des conditions de l’investissement en réduisant le risque et en augmentant la rentabilité des projets. A titre illustratif, les investisseurs seront amenés à s’implanter durablement sur le territoire économique national s’ils estiment que le droit de propriété est stable et que leurs équipements ne seront pas confisqués.

Un cadre juridique solide permet de régler les contentieux commerciaux dans un cadre prévisible et rationnel : la faible corruption permet de réduire les coûts de l’investissement, limiter les risques, et d’accroitre la productivité.

Des institutions économiques publiques fortes, comme la banque centrale, le ministère des finances, l’autorité portuaire peuvent apporter leur contribution à l’élaboration de politiques publiques efficaces, qui favorisent l’accumulation des facteurs et l’amélioration de la productivité.

  1. La modélisation de la relation croissance-institutions

A long terme, la croissance dépend d’autres facteurs :

- La géographie : mesurée par la distance de l’équateur, le pourcentage de la masse terrestre située dans les tropiques, la température moyenne ;

- L’intégration économique : mesurée par les flux commerciaux, l’ampleur des barrières douanières ;

- La qualité des institutions : mesurée par des indicateurs de perception des droits de propriété, de la primauté du droit, de l’efficacité des politiques publiques.

Il existe des relations de causalité entre ces différents facteurs. Autrement dit, ils sont interdépendants.

Les économistes Dani Rodrik et Arvind Subramanian ont démontré le rôle fondamental des institutions dans la détermination de la croissance économique. Ils ont utilisé l’approche des variables instrumentales pour estimer une série de régressions liant les revenus à des mesures de la géographie, de l’intégration économique et des institutions.

leurs études ont montré l’existence d’une relation de causalité positive entre les institutions et la croissance.

En revanche, l’intégration et la géographie ont une relation de causalité négative. Elles ne peuvent pas, à elles-seules, accroitre le revenu.

En se qui concerne l’ouverture économique, Dani Rodrik a montré que les pays qui ont appliqué à la lettre le consensus de Washington (WC), selon lequel l’ouverture économique booste la croissance (Mexique, Argentine, Brésil, Colombie, Bolivie, Pérou, Salvador, etc), sont ceux qui ont le plus souffert, la mondialisation financière ne leur a pas permis d’augmenter leur épargne et d’accroitre leur niveau d’investissement.

A l’inverse, les pays qui se sont éloignés de ces principes en se protégeant par l’intermédiaire des barrières tarifaires et non tarifaires ont connu une croissance forte (Inde, Chine, Vietnam, Corée du sud, Taiwan, etc.).

En résumé, les recommandations de WC ne présentent qu’une faible corrélation avec les performances réelles.

Le modèle de synthèse :

L’économiste Dani Rodrik a élaboré un modèle d’ensemble permettant de régresser le revenu par habitant par rapport à trois facteurs : les institutions, l’intégration, et la géographie. Le modèle se présente comme suite :

                  Log(yi) = µ + αINSi + βINTi + γGEOi + εi                                (1)

Avec, y: le revenu par habitant, INSi : variable représentant les institutions, INT: variable représentant l’intégration économique, GEO: variable représentant la géographie, et εi : l’erreur.

Pour déterminer les deux variables INSet INTi , on va utiliser des variables proxy :

                INSi = λ + δSMi + φCONSTi + ψGEOi + ε(INSi)                      (2)

Avec SMi : taux de mortalité (Settler mortality), CONSTi : solde commercial / PIB.

               INTi = θ + σCONSTi + τSMi + ωGEOi + ε(INTi)                     (3)

La démarche économétrique permettra par la suite d’estimer les différents paramètres afin de connaitre l’ampleur de la relation croissance-institutions.

Les travaux de Rodrik nous ont amené à tirer des conclusions sur le rôle des institutions dans la croissance économique.

  1. Conclusions  des analyses de Rodrik

Rodrik retire de l’analyse des PVD cinq conclusions. Auxquelles, on peut ajouter une 6ème conclusion issue de l’OCDE :

  • La qualité des institutions est fondamentale dans la mesure où elles permettent la protection des droits de propriété, la gestion des conflits, et le maintien de l’ordre. C’est le cas de la chine et l’Ile de Maurice qui ont enregistré de forte croissance.
  • L’intégration économique et la géographie ne sont pas déterminantes.
  • De bonnes institutions se développent, mais peuvent prendre des formes hétérodoxes ; il n’existe pas une forme d’institutions unique. Il faut les adapter aux réalités du terrain.
  • La nécessité de soutenir les réformes institutionnelles  pour pouvoir maintenir une croissance économique durable.
  • Les gouvernements des pays ont un rôle central : protection des minorités, gestion des infrastructures, gestion de la politique commerciale vis-à-vis de l’extérieur.
  • Les institutions formelles et informelles sont complémentaires. Dans certains pays les règles coutumières jouent un rôle primordial dans les équilibres sociaux et politiques. Parfois, les institutions formelles peuvent se servir des institutions informelles dans l’élaboration des règles formelles (une coutume devient une règle de droit positif).

Travail collectif: Ahmed AMGHAR, Tehami ABAKARIM, et Mohamed OUBEJJA

Master Economie Appliquée, FSJES d'Agadir

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Published by OUBEJJA Mohamed - dans Macroéconomie

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  • Enseignant des sciences économiques et de gestion, titulaire d'une licence appliquée en management des systèmes d'information et de décision et d'un Bac sciences maths.
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